Case tirée de la bande dessinée Les ananas de la colère de Cathon [2018]

Dans l’introduction de l’ouvrage Montréal Imaginaire, Gilles Marcotte et Pierre Nepveu notent que les grandes villes du monde sont toutes associées à un auteur, mais que Montréal fait figure d’exception; les poètes ou romanciers qu’on lie volontiers à la métropole seraient « propriétaires d’une rue, de quelques rues, d’un quartier, plutôt que de la ville même » [Marcotte et Nepveu, 1992]. Le collectif tente de tracer cette cartographie littéraire éclatée et rassemble des études portant sur la représentation de la métropole dans le roman et la poésie depuis les récits de fondation jusqu’aux productions contemporaines, mais aucune étude ne se penche sur des formes qui conjoignent le texte et l’image. C’est précisément dans le prolongement de ce travail de cartographie littéraire de Montréal que je souhaite m’inscrire tout en m’intéressant à un genre qui n’a pas été retenu : la bande dessinée.

 

Près de trente ans se sont écoulés depuis les observations formulées par Marcotte et Nepveu et force est de constater que les représentations littéraires de l’urbanité montréalaise se sont multipliées, et ce, tout particulièrement dans la bande dessinée. L’exposition « Montréal en bulles » tenue en 2017 au Festival BD de Montréal et l’ouvrage Rues de Montréal qui découle de cette exposition témoignent par ailleurs de la manière dont la ville et le neuvième art sont intrinsèquement liés. Le parcours urbain réalisé par Michel Rabagliati pour souligner le 375e anniversaire de la ville de Montréal, « Paul à Montréal », invitait quant à lui les citoyens à déambuler et à découvrir, à l’aide de douze planches, l’histoire de la métropole. Enfin, certaines parutions récentes, lient durablement des auteurs à un quartier précis; pensons notamment à Michel Hellman et le Mile-End [Hellman, 2011], à Richard Suicide et Centre-Sud [Suicide, 2014] ou à Skip Jensen et Lachine [Jensen, 2015].

 

Ma recherche postdoctorale se concentre donc sur les multiples représentations et incarnations de cette urbanité montréalaise dans la bande dessinée de 2000 à 2020. Une lecture attentive de l’ensemble des parutions québécoises du 21e siècle montre en effet que Montréal joue un rôle crucial dans les intrigues de nombreuses bandes dessinées et que, loin d’être un simple décor, la métropole devient souvent un personnage à part entière. Il s’agit, dans le cadre d’une analyse systématique du corpus bédéistique de la période, de montrer de quelles manières la ville de Montréal est non seulement représentée, mais comment les œuvres remodèlent, réécrivent et redéfinissent l’espace urbain à même le texte et l’image. Cela permet notamment de constater que la métropole n’est pas un espace statique qui serait décrit et soumis à des contraintes géographiques et historiques puisque, comme le soulignent Francis Langevin et Élisabeth Nardout-Lafarge, « le lieu […] n’existe pas en lui-même, il est vu, médié et défini par des narrateurs-percepteurs à propos desquels se posent toutes les questions de fiabilité et d’autorité narratives. » [Langevin et Nardout-Lafarge, 2013]

Listes des ouvrages cités

Capture d’écran, le 2021-01-03 à 19.30

Le

PRojet

Montréal imaginaire : ville et bande dessinée est un projet de recherche postdoctoral qui a commencé en janvier 2021.

Ce blog est aussi un carnet public où vous trouverez à la fois des suggestions de lectures et des réflexions sur les bandes dessinées.