Centre-Sud - Richard Suicide





Le 4 mai prochain, dans le cadre du 88e congrès de l'ACFAS, et du colloque « Interroger la représentation de l'habiterai urbain dans la fiction contemporaine », je présenterai une communication sur la bande dessinée Centre-Sud de Richard Suicide. Voici le résumé de mon intervention :





S’enfarger dans la rue Sherbooke — Le Centre-Sud de Richard Suicide

Publiée en 2014, Chroniques du Centre-Sud de Richard Suicide et de William Parano se présente comme « la toute première étude anthropologique sérieuse — sous forme de bande dessinée — sur la faune (houblonnée) et la flore (gastrique) du vénérable quartier ». Si l’expression « étude anthropologique » laisse entendre que la description de Centre-Sud se fera depuis l’extérieur, c’est pourtant à une expérience vécue de l’intérieur à laquelle le bédéiste nous invite, loin du non neutre et académique auquel on pourrait s’attendre. Déménagé dans les années 1980 sur la rue Cartier, Richard Suicide trace le portrait de cette enclave de la métropole qui passe tour à tour à travers son époque « deep-trash », puis « crunchy-hardcore » et enfin « nihilo-trash-hardcore ». Dans un récit qui oscille entre l’ironie et la nostalgie, le narrateur raconte différentes anecdotes qui mettent en scène les habitants du quartier ainsi que leur mode de vie, s’intéresse tout particulièrement à la succession des boutiques miteuses de la rue Ontario et formule plusieurs craintes devant la gentrification.


Dans cette succession de constats ethnographiques acerbes, un motif se révèle récurrent sous la plume de Suicide, celui du recyclage. C’est d’abord à un destin cyclique que l’auteur condamne les habitants de Centre-Sud lorsqu’il affirme « […] que toute cette populace vit, meurt et se réincarne au même endroit, comme pour jouer dans une pièce de théâtre qui ne se termine jamais! » Le personnage qui retient tout particulièrement l’attention du bédéiste est par ailleurs celui d’un voisin surnommé le bison, un « ramasseux de junk » et maître du « patentage » qui partage sa vie entre boire de la bière et échanger les bouteilles pour acheter davantage d’alcool. Les soirées du bison observent toujours le même schéma et se terminent inévitablement par une intervention policière, jusqu’au jour où il se fait évincer de son appartement. Dans le cadre de cette communication, je me propose donc de m’attacher à ces différentes incarnations du motif du recyclage qui parsèment les Chroniques du Centre-Sud et qui dressent le portrait d’un quartier où l’on est condamné à répéter les mêmes gestes.

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