De concert - Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard, Singeon


Publiée chez La Mauvaise tête en 2018, la bande dessinée De concert mérite doublement son titre. En plus de mettre en scène divers personnages qui assistent au même show de musique à la Sala, la bd a aussi été écrite «de concert». Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard et Singeon se retrouvent en effet pour ce projet tout particulier où la musique alternative est à l’honneur. Si les esthétiques de chacun diffèrent de toute évidence, c’est une palette de couleurs commune, où le bleu et l’orange dominent, qui réunit les quatre artistes.


Montréal, en trame de fond, est dépeinte de multiples manières qui flirtent tantôt avec le lieu commun, tantôt avec des envolées plus poétiques (Ex. «Si la ville est usée, c’est qu’elle a trop dansé sur sa propre musique.» [p. 49]). Pour le personnage de Jimmy, la ville est d’abord un casse-tête où trouver du stationnement est une tâche difficile, comme on le remarque aux pages 12 et 13 : «Hm. Il y a un stationnement là, mais il y en a peut-être un autre plus proche… Hm. Non. Fuck. ARG!. J’espère que la place de tantôt va être encore là. AAAARH! STI’ D’ENFANT D’CHIENNE!»

Dans les ruminations qu’il formule à propos des différents types de fans présents au concert, Jimmy avoue ne pas sentir qu’il a sa place, entre les «vieux tripeux de prog» et la jeunesse impie. Ainsi, une fois devant une bière froide, ses constats sur la métropole se font plus lucides et mélancoliques : «Grmbl. Moi aussi, quand j’avais votre âge, j’avais l’impression que la ville m’appartenait, que les bars m’appartenaient, que la musique m’appartenait, que l’époque m’appartenait…» (p. 50) Se trouve ici esquissée une réflexion sur ce que c’est que d’appartenir à une génération et de se voir en quelque sorte dépassé par la marche du monde. Vieillir entraînerait-il une dépossession? Perd-on progressivement sa ville, sa musique et son époque?

12 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout