Mile End - Michel Hellman

Catégories : Anecdotes, récits de quartier, récit de soi, humoristique, intimiste.


Mile-End est une bande dessinée de Michel Hellman publiée en 2011 qui rassemble plusieurs anecdotes sur le quartier montréalais. La citation placée en exergue de la bande dessinée est tirée d'un poème de l'écrivain américain John Updike, "Telephone Poles", et se lit comme suit :


"They have been with us a long time.

They will outlast the elms.

Our eyes, like the eyes of a savage sieving the trees

In his search for game,

Run through them. They blend along small-town streets

Like a race of giants that have faded into mere mythology."

Il me semble que ce choix d'exergue dit d'emblée quelque chose du regard qui sera posé sur la ville, un regard attentif à ce qu'on oublie si facilement et qui se fond dans le paysage urbain.


Ces fameux poteaux du poème, on les retrouve après le prologue, aux pages 10 à 14. Ces pages d'ailleurs proposent un intéressant jeu de vitesse narrative. En l'espace de cinq planches, on assiste à l'urbanisation de Montréal. Au départ, il n'y a qu'un arbre qui pousse, puis, rapidement, l'électrification de Montréal prend place et notre parcours se termine à l'époque contemporaine.


On retrouve alors le narrateur de la bande dessinée, un jeune étudiant à la maîtrise qui préfère dessiner que d'écrire son mémoire et qui déménage dans le Mile End, un quartier qu'il décrit comme "coloré, chargé d'histoire, particulièrement prisé par les artistes et les musiciens attirés par les loyers (encore abordables à l'époque)." (p. 16) On notera ici le commentaire sur la gentrification de certaines parties de la ville montréalaise, commentaire qui revient souvent dans le corpus.


Les différentes histoires qui composent le livre d'Hellman sont articulées autour des quatre saisons et adoptent le plus souvent un ton humoristique. La saison hivernale est, par exemple, le prétexte à un jeu sur le cliché de l'hiver québécois et la vision qu'auraient les Français de notre climat particulièrement rude. Alors que la liste d'items à mettre pour se garder au chaud semble d'abord banale, le propos dérape rapidement; le narrateur confie en effet aux lectrices et aux lecteurs que, "[p]our garder les pieds bien au chaud, rien ne vaut des carcasses de bébés phoques." (p. 63)



Certains passages sont particulièrement frappants, notamment celui où un bref historique de la chemise à carreaux nous est présenté (p. 36-40) ou celui qui raconte la détresse nocturne des montréalais·es lors des opérations de déneigement (p. 73-79). Mais, les planches les plus intéressantes pour ce projet qui se concentre sur les représentations de Montréal demeurent sans aucun doute celles des pages 113 à 115. Michel Hellman y reproduit une carte du quartier et nous propose un jeu trépidant où nous avons la tâche de placer, sur la carte, des personnages iconiques du Mile End. Le bédéiste dresse ainsi une typologie du quartier qui est particulièrement fascinante.




La bande dessinée d'Hellman se clôt sur une image plutôt énigmatique, celle d'un bateau sur lequel repose le bloc-appartements du narrateur, le tout rattaché à une montgolfière. Le tissu du ballon de la montgolfière ressemble à une courtepointe et sur certains morceaux, on peut lire le nom d'événements culturels, sportifs et sociaux importants de la ville : Festival de Jazz, Festival Juste pour rire, la F1, etc. C'est une image qui mérite de s'y attacher plus longuement et qu'il faudra analyser lors des prochains mois.


3 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Abonnez-vous à l'infolettre pour ne rien manquer!

©2021 par Montréal imaginaire : Ville et littérature.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now