Yves, le roi de la cruise - Luc Bossé et Alexandre Simard


C’est d’emblée le nightlife montréalais qui se présente à nous lorsque nous ouvrons la bande dessinée Yves, le roi de la cruise, premier opus du diptyque créé par Luc Bossé et Alexandre Simard. (Notons d’ailleurs que Bossé est le fondateur de la maison d’édition Pow Pow et que la parution de cette bande dessinée est contemporaine de la naissance de la maison d’édition.) C’est en effet la devanture du Latulipe qui nous accueille, et ce, dès la première case de l’œuvre, présentant les différentes soirées thématiques de l’établissement. Le célèbre bar montréalais est le décor d’une première scène de séduction peu fructueuse mettant en scène notre protagoniste Yves qui a repéré, comme son ami Michel, une femme particulièrement attirante sur la piste de danse.





Tandis qu’ils continuent de garder un œil sur la jeune femme (nommée, on le découvrira bientôt, Josée), les deux amis discutent du concept de ligue voulant que certaines personnes ne sauront jamais attiser le désir chez d’autres individus et devront se contenter de jouer « à leur niveau ». Les propos d’Yves se révèlent presque prophétiques, puisque Josée refuse rapidement les avances de notre protagoniste et jette plutôt son dévolu sur Michel (qui, lui, ne croit pas au concept de ligue). L’amie qui accompagnait Josée, Danielle, semble quant à elle intéressée par Yves, sans que cet intérêt soit entretenu par ce dernier. C’est autour de ce quatuor (Yves, Michel, Josée et Danielle) que l’intrigue tournera.




Le ton est alors lancé. Comme son titre l’indiquait déjà, le thème principal de la bande dessinée Yves, le roi de la cruise est la séduction (qui, ici, ne sort pas du cadre hétéronormatif). En fait, Montréal devient le décor des multiples histoires de drague dont Yves est parfois le protagoniste, parfois le spectateur. La ville ne tient donc pas un rôle particulièrement important, même si certains de ses établissements populaires sont représentés ou mentionnés : le Cégep du Vieux Montréal, le Arts Café, les bureaux de la compagnie Ubisoft, le café Olympico, le bar Le Cheval blanc, etc.








Loin d’être le womaniser auquel le titre pourrait faire référence, Yves est la plupart du temps éconduit par les femmes. Cela ne l’empêche toutefois pas de saisir chaque occasion pour s’essayer au jeu de la séduction. Une visite au restaurant Patati Patata devient ainsi l’occasion, pour Yves, de draguer une femme en commentant son burger de tofu. Il tente de charmer une cliente qui attend en ligne devant lui à la pharmacie et complimente une étrangère dans un autobus bondé. Cette dernière scène recycle un lieu commun de la ville et l’une des frustrations les mieux partagées par les usager·ère·s des transports en commun, c’est-à-dire les personnes qui restent en masse au-devant de l’autobus au lieu de reculer : « Je gage qu’il y a plein de place en arrière », peste Yves.






Cette séquence a également attiré mon attention en raison de l’effet de zoom particulièrement réussi dans la deuxième bande de la planche de la page 36. Les trois cases zooment progressivement sur les cache-oreilles d’une passagère et adoptent l’esthétique de la caméra subjective; ici, nous voyons depuis la perspective d’Yves et ce mouvement de « caméra » souligne avec force l’intérêt grandissant de l’homme.







Enfin, l’un des passages les plus frappants sur le plan de la représentation montréalaise se déroule lors d’une scène à la sortie des bars. Yves, Michel, Josée et Danielle sont particulièrement imbibés par l’alcool et cherchent un endroit où sustenter leur fringale nocturne. Ils conviennent alors de manger libanais et Josée se réjouit en affirmant : « J’en connais un bon par là. » Ce à quoi Michel répond aussitôt : « Stie que tu connais ta ville. T’es hot. » Cette interaction mineure dans le récit de Yves, le roi de la cruise est cruciale pour le projet que je mène. Pour Michel (ou pour Michel ivre), la connaissance de la ville est considérée comme un atout dans le jeu de la séduction. D’ailleurs, Josée entre dans son jeu et en rajoute : « Je peux même te dire la meilleure urgence à 3 h du matin. »

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